Sérillon appelé par Hollande: un schizophréne à l’Elysée

 

 

 

 

 

 

La nomination de Claude Sérillon à l’Elysée, où l’ancien journaliste de France 2 est appelé afin de recadrer la communication de son locataire, est-elle une bonne chose ? Si la presse dresse en général un portrait plutôt flatteur de l’intéressé, -dépeint à la fois comme un homme aux convictions chevillées à l’âme et au caractère bien trempé-, elle s’interroge dans le même temps sur l’efficacité d’une telle nomination.

Car suffit-il d’être un intime de son sujet, en l’occurrence le chef de l’Etat, pour infléchir profondément la nature d’un homme formaté par plus de 30 ans d’une vie politique matelassée? Or le passé a prouvé que les journalistes sont souvent les moins bien placés pour occuper de telles fonctions. C’est en effet pas la première fois, loin s’en faut, que des confrères, venus de l’audiovisuel ou de la presse écrite, ont intégré l’Elysée, l’Hôtel Matignon et de grands ministères, afin d’en organiser la communication.

Or le plus souvent, ce fut un désastre. L’exemple le plus spectaculaire remonte à 1984, quand Laurent Fabius était Premier ministre. Ce dernier avait eu l’idée de confier la communication de Matignon à une équipe de trois journalistes, venus du Matin de Paris et du Nouvel Observateur : une initiative calamiteuse. Non seulement, Laurent Fabius fit s’abattre une chape de plomb sur les rédactions, notamment de l’audiovisuel public, mais son équipe se transforma en un cabinet noir qui verrouilla la communication de son Premier ministre comme rarement sous la Cinquième République. D’autres ont occupé des postes analogues au ministère de l’Intérieur et de la Défense: des souvenirs douloureux pour les journalistes qui les pratiquaient, les intéressés se prenant pour des agents de la DGSE soumis au secret défense. J’en connais.

On pourrait répéter les exemples à l’infini et le dernier en date a pour nom Catherine Pégard : A peine installé à l’Elysée par Nicolas Sarkozy, cette ancienne excellente journaliste politique du Point dressa des herses avec la profession, ne l’alimentant qu’à doses homéopathiques.

La communication politique est un métier et la confier à des hommes et des femmes qui partagent avec la presse un même ADN est une erreur. Curieux mélange des genres: Un journaliste, aussi roué que Claude Sérillon, connait trop les ficelles et les arcanes de la profession pour ne pas en décoder les pièges. 40 années passées à suivre la politique dans les rédactions où il est passé lui ont conféré une parfaite connaissance d’un milieu, dont il a appris à se défier. Quant aux journalistes qui l’interrogeront ou l’écouteront, quels regards porteront-ils sur un ancien confrère passé de l’autre coté de la barrière et dont la parole sera forcément décodée, interprétée, soupesée et donc, sujette à caution? Le journaliste politique qui se rend à l’Elysée y va pour noircir ses calepins de notes : qu’obtiendra t-il d’un Claude Sérillon qui connait chaque chemin de traverse que peut emprunter un confrère pour atteindre son but ?

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